Les mouvements de scoutisme ont un rôle important à jouer dans la prévention de la consommation excessive d'alcool. Le billet ci-dessous donne quelques pistes aux responsables d’unité et aux assistants sanitaires pour définir ensemble l’attitude à avoir. En pièce jointe, vous trouverez la fiche pratique correspondant aux deux billets sur la consommation d'alcool.
1. Le scoutisme, c’est mieux sans alcool :
L’alcool n’est pas indispensable à la pratique du scoutisme, et nous sommes des mouvements éducatifs.
Entre adultes, une consommation modérée de boissons alcoolisées peut se concevoir, mais dès qu’il y a des mineurs, une consommation entre adultes même modérée risque d’avoir un effet incitatif : associer scoutisme et boissons alcoolisées, alcool et convivialité, c’est banaliser l’alcool auprès de jeunes dont la tendance spontanée porte plus à l’excès qu’à la modération.
De plus, les responsables scouts doivent conserver à tout moment l’intégralité de leurs facultés de jugement, pour pouvoir faire face à d’éventuelles situations imprévues. Et au-delà de deux verres, comme pour la conduite automobile, l’absorption d’alcool a une influence sur nos comportements.
2. La pédagogie de la modération est une pédagogie risquée :
Certains responsables peuvent penser que consommer de l’alcool en présence d’adolescents est intéressant sur un plan pédagogique : pour faire passer le message de la modération et du plaisir gustatif .
La question de faire consommer ponctuellement de l’alcool à des adolescents peut également se poser en d’autres circonstances : pour une fête de fin de camp, l’accueil d’invités extérieurs …
Sur le plan légal, c’est possible à condition qu’aucun jeune ne dépasse ses limites: car alors on rentre dans le cadre d'une incitation à l’ivresse. Or cette limite est facile à atteindre : deux verres pour les filles, trois pour les garçons sont les consommations à ne pas dépasser, mais dans une ambiance festive on ne contrôle pas tout …
C’est donc à mon sens une fausse bonne idée : à 16,18 ou 20 ans,les jeunes qui prennent des boissons alcoolisées le font rarement dans un but « gustatif », plus souvent pour se libérer ou pour « délirer ». Le risque est grand d’encourager les jeunes les plus vulnérables à une consommation qu’ils seront incapables de contrôler.
Si ce choix pédagogique est fait, il faut bien mesurer les risques qui sont pris…
3. La convivialité et la fête peuvent être sans alcool :
Remettre en question l’équivalence fête=alcool est un message pédagogique bien plus fort ! et le scoutisme fournit de nombreuses occasions de pouvoir le faire.
Tenter l’expérience va bien sûr à contre-courant de beaucoup de comportements habituels, et nécessite d’être créatif : il faut que ce soient de vraies fêtes et qu’il y ait une vraie convivialité. Et puis des boisons alternatives au goût agréable. Mais la créativité, c’est stimulant et très scout !
4. Nous sommes des hommes et des femmes comme les autres :
Certains jeunes que nous accueillons, mais aussi certains adultes parmi les responsables scouts ont des difficultés avec l’alcool. C’est compréhensible, le scoutisme n’est pas un univers à l’écart du monde.
Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas les accueillir ou les exclure de nos mouvements : nous sommes ouverts à tous, nous prenons chaque jeune là où il en est et nous lui proposons de progresser.
La règle à ne pas discuter, c’est zéro ivresse dans la pratique du scoutisme, pour les jeunes comme pour les chefs.
Si cette règle est transgressée, elle doit entraîner une réponse appropriée qui passe sans doute par des sanctions mais aussi la mise en place d’un accompagnement. La loi a la sagesse de reconnaître qu’être en difficulté avec l’alcool est une maladie, et propose des mesures alternatives à la sanction pénale. Sachons nous monter aussi sages…
5. Les règles doivent être claires et connues de tous:
La maîtrise a le devoir d’appliquer la loi. Quand la loi laisse une liberté d’interprétation, il faut se fixer des règles, éventuellement avec les jeunes : en tenant compte de la tranche d’âge concernée, de la réglementation et des réalités vécues par les jeunes et par les chefs.
Il faut les déterminer le plus tôt possible, ce qui laisse du temps à chacun pour les accepter et réussir à les respecter.
L’objectif final, c’est zéro ivresse pour tous, si possible zéro alcool… objectif à atteindre pour le camp d’été si c’est difficile pour certains en début d’année.
6. Les règles doivent être appliquées avec rigueur et souplesse :
En fonction des situations:
Quand une règle est définie, elle doit être appliquée ! S’il y a transgression, la maîtrise doit réagir de manière graduée :
- Si c’est une première fois il faut marquer le coup et tout mettre en œuvre pour que çà reste ponctuel.
- Face à une récidive, une ivresse grave, un comportement habituel : il faut à la fois à être plus sévère et définir la meilleure manière d’accompagner le jeune, en lien avec ses parents.
- S’il y a incitation des autres jeunes à consommer de l’alcool, la question de la protection des autres scouts et guides rentre en ligne de compte. Mais l’exclusion ne doit se faire qu’en dernier recours : la pratique du scoutisme peut être pour le jeune un atout pour s’en sortir. Et même dans ce cas-là, il faut l’accompagner jusqu’au bout : en parler avec les parents, laisser la porte ouverte à un retour ultérieur etc.
• En fonction de l’âge :
- Avant 14 ans, toute consommation de boisson alcoolisée doit particulièrement inquiéter, surtout si l’enfant est jeune. Il ne faut surtout pas banaliser. On s’efforcera de sanctionner de manière proportionnée à la situation et on donnera au jeune une chance de ne pas récidiver : dialogue avec lui et avec ses parents, suivi plus attentif…
- Entre 14 et 17 ans, la consommation d’alcool devient souvent banale mais ce n’est pas une raison pour la banaliser! il faudra réagir en fonction des situations rencontrées, et laisser une chance au jeune le plus longtemps possible : c’est le plus souvent un comportement qui ne durera pas.
- Après 17 ans, les comportements d’alcoolisation excessive sont d’autant plus dangereux que les jeunes adultes vont se retrouver en situation d’autonomie (les projets de la branche aînée) ou de responsabilité (chefs ou cheftaines)… ces comportements doivent être clairement prohibés.
Ceux qui ne parviennent pas à adopter un comportement modéré ou à s’en passer pendant la pratique du scoutisme sont certainement déjà dépendants à l’alcool.
S’ils sont en situation de responsabilité, ce n’est pas compatible avec une responsabilité de chef ou de cheftaine. Le contrat doit être clair: soit ils arrêtent, éventuellement en se faisant aider, et ils reprennent ensuite leur place. C'est une sorte d’ « obligation de soins » à usage interne qui peut être très salutaire !
C'est une décision difficile à prendre qui doit être partagée entre la maîtrise et les responsables de groupe…