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A votre santé !

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mercredi 2 janvier 2008

Au risque du futur : la charte d'Ottawa pour 2008.

2008, l'heure des voeux. Allez, soyons fous :

- Assurons à chacun la paix, un abri, de la nourriture et un revenu.
- Favorisons l'égalité de tous en matière de santé.
- Rendons plus responsables chaque personne et chaque communauté humaine.
- Agissons pour un environnement plus favorable à la santé de chacun, actuelle et future.


Bon, c'est peut-être un peu emphatique, mais en ce début 2008 c'est ce que je retiendrais d'un vieux texte paru en 1986, la Charte d'Ottawa.

Je n'en avais pas parlé jusqu'ici, mais j'aurais sans doute dû. Début décembre j'ai participé à un colloque organisé par l'INPES (Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé) à propos des conceptions de la santé des grands mouvements d'éducation populaire, et il y a été question de cette charte. De même quelques jours plus tard, à Vienne, dans la bouche des responsables locaux de "l'Atelier Santé Ville", dans une réunion centrée sur les questions de l'accès aux soins pour tous.

J'ai donc eu la curiosité d'aller voir de plus près. Démarche un peu difficile, car il semble exister plusieurs versions françaises; en tout cas la traduction utilisée sur le site du Ministère de la Santé semble assez différente de celle présentée sur le site de l'OMS Europe ... Je me référerai dans mes citations ci-dessous aux traductions les plus explicites.

La définition actuelle de la santé par l'OMS date de 1946 et reste toujours une référence, notamment avec la notion de "santé globale" qu'elle introduisait.

Elle a été considérablement approfondie depuis, notamment avec la déclaration d'Alma Ata en 1978, et l'adoption de la Charte d’Ottawa en 1986. Celle-ci reste toujours d'actualité, et je vous invite à en lire l'évaluation qui en est faite dans un article suisse paru en 2006, que je vous mets également en annexe.

Pour parvenir à un état de complet bien-être physique, mental et social, l’individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s’y adapter.
La santé est donc perçue comme ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie ; c’est un concept positif mettant l’accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques.
La promotion de la santé ne relève donc pas seulement du secteur de la santé: elle ne se borne pas seulement à préconiser l'adoption de modes de vie qui favorisent la bonne santé; son ambition est le bien-être complet de l'individu...

La santé comme ressource mais non comme but : voici qui remet la santé à sa place, sans en faire l'alpha et l'omega de la vie, malgré l'étendue de la définition initiale. Une santé affaire de tous et pas seulement des spécialistes...

Les conditions et ressources préalables sont, en matière de santé : la paix, un abri, de la nourriture et un revenu.

C'est la version OMS. La version gouvernementale remplace la paix par "avoir droit à la justice sociale et à un traitement équitable." et rajoute : accéder à l’éducation, bénéficier d’un écosystème stable. Des apports intéressants au regard de l'évolution de nos réflexions sur l'environnement...

Les facteurs politiques, économiques, sociaux, culturels, environnementaux, comportementaux et biologiques peuvent tous intervenir en faveur ou au détriment de la santé. La démarche de promotion de la santé tente de rendre ces conditions favorables par le biais de la promotion des idées.
La promotion de la santé vise l'égalité en matière de santé. Ses interventions ont pour but de réduire les écarts actuels caractérisant l'état de santé, et d'offrir tous les individus les mêmes ressources et possibilités pour réaliser pleinement leur potentiel santé...Les gens ne peuvent réaliser leur potentiel de santé optimal s'ils ne prennent pas en charge les éléments qui déterminent leur état de santé.

La santé, un droit pour tous...c'était l'un des axes forts de la déclaration d'Alma Ata. Et la volonté de responsabiliser chacun par rapport à sa propre santé.

Le secteur de la santé ne peut, à lui seul, assurer le cadre préalable et futur le plus propice à la santé.
La promotion de la santé exige, en fait, l’action coordonnée de tous les intéressés...Quel que soit leur milieu, les gens sont amenés à intervenir en tant qu’individus, ou à titre de membres d’une famille ou d’une communauté.
Les groupes professionnels et sociaux, tout comme les personnels de santé sont, quant à eux, particulièrement responsables de la médiation entre les intérêts divergents qui se manifestent dans la société à l’égard de la santé.

Médiation: tel est le rôle que devraient avoir non seulement les personnels de santé, mais aussi les groupes professionnels et sociaux...les organisations scoutes par exemple.

La promotion de la santé va bien au-delà des soins. Elle inscrit la santé à l'ordre du jour des responsables politiques des divers secteurs en les éclairant sur les conséquences que leurs décisions peuvent avoir sur la santé, et en leur faisant admettre leur responsabilité à cet égard...
L'évaluation systématique des effets du milieu sur la santé, et plus particulièrement dans les domaines de la technologie, de l'énergie et de l'urbanisation, qui évoluent rapidement - est indispensable ; de plus, elle doit être suivie d'une intervention garantissant le caractère positif de ces effets. La protection des milieux naturels et artificiels et la conservation des ressources naturelles doivent recevoir une attention majeure dans toute stratégie de promotion de la santé.

L'importance des décisions politiques en matière de santé n'est plus à démontrer... Surtout, la prise en compte de l'environnement et de la nécessaire préservation des ressources naturelles sont des questions on ne peut plus actuelles, et dont ce texte affirmait avec force, dès 1986, l'importance dans le domaine de la santé.

La santé est engendrée et vécue dans les divers cadres de la vie quotidienne : là où l'on apprend, où l'on travaille, où l'on joue et où l'on aime.
Elle résulte des soins que l'on s'accorde et que l'on dispense aux autres, de l'aptitude à prendre des décisions et à contrôler ses conditions de vie, et de l'assurance que la société dans laquelle on vit offre à tous ses membres la possibilité de jouir d'un bon état de santé.

vendredi 28 décembre 2007

Trève des confiseurs: santé et précarité...

Petite pause dans la série en cours sur l'assistant sanitaire. En accord avec la période actuelle, appelons-çà "la trève des confiseurs".

Une trève dont tous ne profitent pas de la même façon...

Dans mon activité quotidienne de médecin généraliste, je rencontre des gens qui me disent ne pas manger autre chose à Noel que les autres jours faute de moyens suffisants.
Des gens qui s'adressent régulièrement aux Restaus du coeur ou à la Banque alimentaire alors qu'ils semblent bien insérés dans le quartier.
Des gens qui me demandent de leur lire ce que j'écris sur leur ordonnance car ils en sont incapables.
Des gens qui n'osent pas se plaindre auprès de l'office HLM parce que leur chauffage est en panne et que les réparations traînent...

Ce sont des petits faits, que les gens abordent le plus souvent au détour d'une conversation mais plus révélateurs que des longs discours.
Comment accéder à la culture et avoir des exigences éducatives auprès de ses enfants quand on ne sait même pas lire?
Comment "être en forme" et développer tout son potentiel "physique, mental et social" quand on mange à peine à sa faim et qu'on doit lutter contre le froid pour ne pas tomber malade? hier encore, une mère me parlait des 14° qu'ils avaient eu dans leur appartement pendant deux semaines : "mais maintenant, c'est réparé, en calfeutrant bien tout on arrive à 18 avec le chauffage à fond."...

Le 17 octobre a eu lieu la Journée nationale du refus de la misère. j'ai entendu ce jour-là un chiffre qui a fait tilt : celui du "seuil de pauvreté" en dessous duquel vivraient plus de 3 millions de personnes en France, selon les données les plus rectrictives, les données françaises (pour les données européennes, ce serait plutôt 7 millions). Ce seuil serait à 681 euros par mois pour une personne seule, et je me suis dit tout à coup que beaucoup des personnes que je rencontrais devaient être dans cette situation.

Le site de l'Observatoire des inégalités donne des précisions : "En France, un individu est officiellement considéré comme "pauvre" quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 681 euros, le seuil de pauvreté étant défini comme la moitié du revenu médian."

Autre type de statistiques,celles que je reçois de l'Assurance Maladie: d'après ces sources, j'ai parmi mes patients près de 30% de bénéficiaires de la CMU : la Couverture Maladie Universelle. la CMU de base est proposée aux personnes qui n’ont pas droit à l’assurance maladie à un autre titre (activité professionnelle notamment) et la CMU complémentaire aux personnes dont les revenus sont en dessous d'un certain plafond...concrètement 606 euros mensuels pour une personne seule, 909 pour deux personnes, 1090 pour trois. Le détail des barèmes actuels est consultable ici.

Le 17 octobre, j'ai vraiment réalisé que je travaillais non seulement dans une banlieue stigmatisée pour ces violences, mais auprès de gens considérés comme "pauvres". C'est surprenant à dire, mais je n'avais pas jusque là analysé la situation en ces termes. Les gens que je soigne sont avant tout des personnes, des êtres humains, pas riches certes, avec plein de difficultés diverses et variées, mais je ne les voyais pas "en dessous du seuil de pauvreté". Je ne considérais pas qu'ils étaient dans la "misère", et pourtant...

La pauvreté est une violence et un frein au développement personnel...Quand je suis responsable scout je côtoie des jeunes qui font plein d'activités et pour qui il est normal de faire des études. Quand je vais à mon travail je côtoie des jeunes qui ont peu d'activités, qui dès la sixième ou la cinquième sont orientés vers des voies de garage, et chez qui aller jusqu'au bac est une exception...

La théorie de Maslow qui considère qu'avant de penser à satisfaire ses besoins de réalisation de soi et d'accomplissement personnel il faut d'abord pouvoir satisfaire ses besoins les plus élémentaires (manger, dormir, être à l'abri du froid et des intempéries...) trouve ici une illustration éclatante.

On est en 2007, dans un pays civilisé, et le quartier dont je parle n'est pas le plus déshérité.

Quelques liens pour aller plus loin :

- Le site du 17 octobre.
- Le site sur la CMU
- Le site de Médecins du monde.

mardi 25 décembre 2007

Petite histoire ordinaire d'un assistant sanitaire quelconque (fin)

Les nouvelles bonnes résolutions étaient claires:

- Dès maintenant, l'unité doit se fixer des vraies règles de vie collectives et s'y tenir: on peut s'amuser, mais pas chahuter de manière dangereuse.
- Dans chaque équipe, un responsable santé sera désigné: ce sera le correspondant de Lambda, qui se chargera de leur donner une petite formation.
- La préparation du camp doit intégrer une préparation aux risques d'un camp sur l'eau (savoir nager, avoir testé les radeaux etc...) et chacun doit être préparé à la vie de camp en général. Un minicamp de trois jours est programmé à la fin des vacances de Pâques.

La résolution 1 dépendait beaucoup du chef d'unité (de tous les chefs, en fait). Du coup, tous se sont serrés les coudes pour que çà fonctionne, et le message a été bien ralayé auprès des chefs d'équipe.

La résolution 2 s'est mise en place sans difficulté dans 3 équipes sur 4, d'autant plus facilement qu'il y avait déjà des soigneurs. Mais dans la dernière équipe, une équipe de garçons avec plusieurs nouveaux du genre actif pour ne pas dire agité, çà a été autre chose...personne n'avait pris de rôle en rapport avec la santé: "nous on est tous en pleine forme, pas besoin de çà." Finalement Lambda a su trouver les mots pour convaincre Gustave d'être son référent : " c'est vrai que tu as choisi le rôle d'explorateur, et que c'est toi qui a fait tomber Ulysse la dernière fois... mais justement, si toi tu changes, les autres changeront... au foot, regarde l'entraîneur, c'est lui qui vous motive, qui vous aide à réussir tous ensemble, comme une équipe: c'est çà que j'attends de toi, motiver l'équipe pour que toute l'énergie que vous avez en vous aille dans le bon sens."

La résolution 3 fut l'affaire de tous : le minicamp de Pâques permit à tous de redécouvrir les joies du montage de tente et le maniement des outils, et la mini explo d'une journée en autonomie fit découvrir à chaque équipe les progrès qu'il leur restait à faire avant le camp d'été... Il y eut une sortie piscine avec un test sur 50 mètres et plein de jeux aussi, histoire de joindre l'agréable à l'utile. Et le dernier week-end de juin fut l'occasion de tester grandeur nature le premier prototype de radeau .

Lambda passa un après midi avec ses correspondants santé à leur expliquer la bobologie avec l'aide de deux parents, l'une infirmière, l'autre médecin. Ils définirent ensemble les tranches horaires de fonctionnement de l'infirmerie pendant le camp, et à leur grande surprise il leur expliqua qu'il comptait bien sur eux pour assurer les soins à ses côtés "à tour de rôle, bien sûr". Ils se mirent d'accord sur le contenu d'une trousse de soins pour les explos...

Jamais jusque là on n'avait aussi bien préparé un camp, et Lambda voyait l'échéance s'approcher avec confiance.

Il avait raison, car tout se passa bien. Il vécut un camp tranquille et riche en échanges avec ses quatre associés. Il consacra l'essentiel de son temps à l'animation du camp, sans être plombé par les urgences ou la bobologie, il n'y eut pas d'accident grave et pas de gros conflits. L'anticipation lui avait pris beaucoup de temps mais le jeu en valait la chandelle...

vendredi 21 décembre 2007

Petite histoire ordinaire d'un assistant sanitaire quelconque (suite)

Ce n'est pas tout à fait "Plus belle la vie", mais presque.

Noel est passé. Week-end neige en février, et là pas de chance : Ulysse tombe lourdement sur le poignet après avoir été poussé par Gustave avec qui il se battait sur la neige glacée. Son avant-bras ressemble à un zigzag...pas le choix, il faut l'emmener aux urgences. Téléphoner aux parents, radio, plâtre, penser à faire mettre un mot de synthèse à l'urgentiste sur la fiche sanitaire de liaison, et ce n'est pas fini : Lambda a encore à faire la déclaration d'accident. Il se dit que décidément, c'est pas forcément de tout repos, assistant sanitaire.

Le deuxième trimestre avance et le choix de l'aventure d'été se précise: ce sera "Pirates des Caraïbes 5". Lambda se dit qu'avec les radeaux et les jeux au bord du lac, y a du boulot en vue pour lui...il se dit qu'il faudrait peut-être resserrer les boulons pour éviter les surprises.

Aussitôt dit, aussitôt fait. A la réunion de maîtrise qui suit le choix définitif de l'aventure, il prend l'initiative: "un camp radeau, c'est risqué. Je n'ai pas envie de me retrouver bloqué des demi-journées à l'hôpital cet été comme au week-end de neige. Les scouts font n'importe quoi, avec l'eau ce sera pareil, il faut vraiment qu'ils deviennnent plus responsables sinon on va à la cata." les autres minimisent, mais Lambda tient bon. Il est vrai qu'il a des arguments après ce qui vient de se passer.

Plusieurs décisions sont prises: - Dès maintenant, l'unité doit se fixer des vraies règles de vie collectives et s'y tenir: on peut s'amuser, mais pas chahuter de manière dangereuse. - Dans chaque équipe, un responsable santé sera désigné: ce sera le correspondant de Lambda, qui se chargera de leur donner une petite formation. - La préparation du camp doit intégrer une préparation aux risques d'un camp sur l'eau (savoir nager, avoir testé les radeaux etc...) et chacun doit être préparé à la vie de camp en général. Un minicamp de trois jours est programmé à la fin des vacances de Pâques.

Comme le dit Lambda : "Cette année, il y a beaucoup de nouveaux. Du coup le groupe n'est pas homogène, peu habitué à la vie scoute et çà chahute beaucoup. Donnons-nous les moyens de vivre un super projet dans les meilleures conditions possibles."

mardi 11 décembre 2007

Petite histoire ordinaire d'un assistant sanitaire quelconque.

C'est bien beau d'avoir défini les grands principes de la notion d'"assistant sanitaire en accueil de scoutisme"... mais concrètement, comment c'est-y qu'çà s'passe? parce que des fois, franchement, çà fait un peu élucubrations farfelues d'un cerveau dérangé.

Aucun de mes visiteurs ne dit mot, mais j'ai l'impression qu'on m'attend au tournant.

Essayons donc de voir un peu comment pourrait se passer l'année scoute de Lambda, assistant dans une unité quelconque depuis déjà deux ans, et à qui son chef vénéré demande un jour de septembre de devenir assistant sanitaire.

Aussitôt après la fête des passages, il se charge de récupérer auprès des parents la "fiche sanitaire de liaison". Il vérifie que tout est bien rempli, que les vaccinations sont à jour. Il demande des précisions aux parents d'Olga, qui ont signalé que leur fille "faisait souvent de la spasmophilie" et il note avec intérêt que Gustave fait du football dans un club depuis quelques années. Il met dans un coin de sa tête, pour s'en rappeler le jour venu, que Vivien doit prendre tous les soirs un traitement pour son asthme.

Il se rend compte qu'il peut consigner toutes ces informations dans le registre de soins, et il le fait.

A l'occasion du premier week-end, à la mi-octobre, il a remis à jour la trousse de premiers soins, qui n'avait plus été touchée depuis le camp d'été: il y avait du ménage à faire! le soir il a rappelé discrètement à Vivien de prendre son traitement, çà leur a donné l'occasion de parler ensemble de sa maladie...

En novembre toute la maîtrise s'est réunie pour finir de mettre au point le projet pédagogique de l'unité. Lambda a souligné son regret que le temps toilette ait purement et simplement été escamoté au week-end d'octobre. Ce n'était pas l'avis des autres chefs : "pas grave, le dimanche soir ils prennent une douche chez eux...et 24 heures sans se brosser les dents, ils n'en mourront pas".. Lambda a dû admettre que c'était vrai. Il a quand même rappelé qu'au bout de l'année il y aurait le camp, que l'été d'avant c'était un peu moyen et que ce serait quand même mieux de prendre les bonnes habitudes dès le départ. Finalement la maîtrise a décidé d'en faire un objectif.

On a parlé aussi un peu progression personnelle, et il a fait part de ce qu'il avait remarqué à propos de Vivien, de son entretien avec les parents d'Olga, et aussi de Marylou qu'il trouvait un peu isolée des autres... Il était le seul dans la maîtrise à avoir noté çà, mais ils se sont tous promis de faire plus attention.

vendredi 7 décembre 2007

L'assistant sanitaire : point d'étape.

Petit point d'étape avant d'aller plus loin:

- En définitive, l'assistant sanitaire doit-il soigner, prévenir ou éduquer?

J'ai développé dans les billets précédents de nombreux arguments pour démontrer que sa fonction première est d'abord l'éducation: développer les capacités nécessaires pour vivre en bonne santé. (billets du 20 novembre et du 23 novembre)

Il y a 4 domaines de capacités à développer: prendre soin de son corps, se servir de son corps, adopter une attitude autonome et responsable, développer sa résilience.

Doit-il aussi faire de la prévention ? j'ai à titre personnel été longtemps réticent à employer ce terme à propos du scoutisme (trop spécialisé, trop sélectif, trop négatif...), mais la réflexion menée à travers les billets du 27 novembre et du 30 novembre m'ont fait changer d'avis : nos actions d'éducation sont des actions de "prévention primaire" qui permettent de répondre efficacement à un certain nombre de recommandations spécialisées en matière de santé publique.

Nous avons le devoir de mettre en place un dispositif de "veille" pour actualiser régulièrement nos recommandations en matière de prévention, et les intégrer dans nos programmes éducatifs. Nous pourrions également promouvoir davantage des projets pertinents dans le domaine de la santé : nos valeurs, notre volontarisme et notre goût pour l'action et pour les projets devraient nous y inciter. Il y a là un champ d'intervention sociale que d'autres mouvements scouts sont capables de s'approprier, mais dans lequel les Scouts et Guides de France sont remarquablement timides.

Doit-il être agir dans le domaine du soin ? de toute évidence oui, comme je l'ai montré dans mon billet précédent. C'est la responsabilité habituelle de l'assistant sanitaire en camp: soigner les bobos, gérer les urgences... la reconnaissance de officielle de notre pratique de scoutisme dans la durée offre l'opportunité d'intégrer dans sa responsabilité la notion de soin "préventif": l'attention portée à chacun, la vigilance, l'anticipation, ce que les anglo-saxons appellent le "care"...

- Assistant sanitaire, est-ce un rôle ou une fonction ?

C'est un rôle ET une fonction : la fonction de "suivi sanitaire" définie par l'arrêté de 2003 doit prendre un sens plus large dès lors qu'elle s'applique à un accueil de scoutisme ouvert du 1er septembre au 31 août. Elle doit intégrer la dimension de durée, qui on l'a vu ouvre de nouvelles perspectives en matière d'éducation, de prévention et de soins.

En faire l'un des rôles à prendre en maîtrise aux côtés du chef d'unité pour toute la durée de l'année me semblerait particulièrement intéressant : le rôle de chef d'unité convient bien à des personnes qui ont du goût pour le leadership, pour la coordination d'équipe...tout le monde n'a pas vocation à l'être; d'autres personnes cultivent naturellement l'art de l'attention aux autres et de la prévention au sens large du terme.

L'assistant sanitaire doit pouvoir jouer sa partition spécifique dans l'équipe de maîtrise, son action éducative n'en sera que plus riche.

mardi 4 décembre 2007

L'assistant sanitaire et les soins.

C'est la fonction classique de l'assistant sanitaire, celle à laquelle tout le monde pense. C'est pourquoi j'en parle en dernier.

On attend d'un assistant sanitaire qu'il soit capable de réagir à bon escient aux différents situations de blessures, de maladie, de mal-être...dont peuvent être victimes les scouts et guides au cours des activités.

Ces situations peuvent survenir n'importe quand, dans une réunion au local, au cours d'un jeu ou d'un déplacement, en week-end. Il faut donc "être prêt", et en toute circonstance: Etre prêt, une attitude très scoute !

Mais "prendre soin", c'est aussi beaucoup plus : c'est prêter attention à une personne donnée, et le suivi, l'accompagnement qui vont avec.

En début d'année, les parents remettent aux chefs une fiche sanitaire de liaison. Ils leur délèguent ainsi pour la durée des activités scoutes de l'année leur responsabilité de préservation de la santé.

L'assistant sanitaire doit ainsi assurer non seulement une mission de bobologie, mais une mission de suivi de chacun tout au long de l'année, qui s'appuie sur une vigilance constante à la santé de chaque jeune.

La fonction de soins a tout à gagner de la prise en compte de la durée...


Pour aller plus loin, une petite réflexion sur le care et le cure, sous la plume du philosophe Jacques Dufresne dans l'Encyclopédie de l'Agora :

Dans les services de santé, des choix fondamentaux s'imposent: entre le préventif et le curatif par exemple, de même qu'entre ce que les Anglo-Saxons appellent le care et le cure. La traduction de care par soin et de cure par traitement ne rend pas pleinement justice à cette distinction.

Il vaut mieux prévenir que guérir, et cela côute moins cher. C'est pourquoi les ministres de la santé rêvent, depuis qu'ils existent, d'accorder à la prévention toute l'importance qu'elle mérite. La demande de traitements est telle cependant que le curatif continue d'absorber la quasi-totalité des fonds disponibles.

Le care est aussi défavorisé par rappport au cure. Le cure correspond évidemment au pôle curatif, mais la notion de care ajoute une notion essentielle à l'idée de prévention, d'hygiène au sens large: l'attention à la fois éclairée et compatissante accordée au malade. Le nom de Florence Nightingale est à jamais associé à l'idée de care.

C'est son sens du care qui amena cette infirmière à moderniser les hôpitaux, au moment précis où la science, tournée vers le cure, y pénétrait. Care, cure; médecine comme art, médecine comme science.

Les maladies étaient jadis aiguës en majorité, les infections venant en tête de liste. Elles sont aujourd'hui chroniques (arthrite, maux de dos, états dépressifs) dans une proportion que l'on situe autour de 70%. D'où une importance accrue du care.

vendredi 30 novembre 2007

Etre acteur de prévention en accueil de scoutisme.

L'inventaire des pistes de prévention que j'ai dressées dans mon billet précédent a peut-être de quoi surprendre. Mais ce n'est pas seulement un inventaire théorique...

La plupart des unités scoutes pratiquent quotidiennement certaines propositions comme Monsieur Jourdain faisait de la prose: sans penser une seconde qu'ils font de la prévention.

Faire sa toilette tous les jours, garder propre le lieu de camp, évacuer les ordures ménagères, sont ainsi des pratiques tellement "normales" qu'on ne pense plus que ce sont au départ des recommandations de prévention. Le respect du code de la route pour les déplacements, la nécessité d'avoir des outils bien entretenus sont aussi des exigences banales et "intégrées".

Mais périodiquement l'actualité ou l'évolution de la société nous incitent à revisiter nos gestes quotidiens ou nos pratiques. Ainsi l'inquiétude née de la perspective d'une possible pandémie de grippe aviaire a amené l'INPES à rappeler des règles d'hygiène élémentaire,comme les techniques de lavage de main pour limiter la transmission des virus respiratoires.

De même la canicule de 2003 avec ses millions de morts a été l'occasion de repenser les recommandations en matière de lutte contre la chaleur. La plupart des camps scouts et guides de juillet 2006 se sont déroulés en période de canicule et cette situation n'a pas été facile à gérer, comme en témoigne l'enquête tous en forme effectuée à cette période. La recrudescence de la maladie de Lyme et des maladies transmises par les tiques a été une incitation à revoir les recommandations faites aux promeneurs...

Les mouvements de scoutisme doivent donc (devraient?) donc périodiquement se poser la question d'actualiser les recommandations qui sont faites en matière de prévention. Et réfléchir à la meilleure manière de les intégrer à la pratique quotidienne ou à leurs programmes éducatifs. Certaines recommandations vont concerner surtout les 8-11 ans, d'autres les 14-17 ans. Il faut en tenir compte.

Certaines des propositions faites dans le billet précédent sont de mise en oeuvre moins évidentes que la lavage des mains ou le port d'un chapeau pour se protéger du soleil. C'est le cas de la prévention des addictions, un phénomène multifactoriel qui touche bien évidemment les scouts et guides, et pour laquelle les actions préventives à mettre en place méritent une action approfondie...La prévention de la violence, de la dépression, du suicide, paraissent nécessaires en termes de santé publique, mais mériteraient aussi toute une réflexion... Quant à la prévention du SIDA, nous en parlons bien peu chez les Scouts et Guides de France...faudrait-il le faire, et de quelle manière? pas sûr que la question ait jamais été vraiment débattue. Posons-nous au moins la question à la veille de la journée mondiale contre cette maladie...


Etre pertinent en matière de prévention... Nous avons je pense deux manières de le faire :

1. Mettre en place un dispositif de veille pour actualiser régulièrement nos recommandations en matière de prévention,et les intégrer dans nos programmes éducatifs. N'attendons pas que l'actualité ou l'évolution de la société nous oblige à adopter des règlements contraignants. Nous pourrions sans doute mieux anticiper...La remise à jour régulière du document sur la réglementation des activités de scoutisme sous une forme accessible va en tout cas dans le bon sens.

2. Promouvoir des projets pertinents dans le domaine de la santé: Soyons nous-même. Le scoutisme passe par l'action, par l'expérimentation sociale, par la réalisation de projets. C'est l'occasion de nous confronter à des partenaires inhabituels, et c'est une occasion unique de sensibiliser les enfants et les jeunes à des problèmes de santé qui les concernent ou les concerneront peut-être un jour. De remplir pleinement notre mission éducative... - Intégrer les recommandations de santé publique dans notre pratique du scoutisme. - promouvoir des projets de prévention avec des partenaires.

Je fais l'hypothèse que les Scouts et Guides de France restent assez timides sans ce domaine...

mardi 27 novembre 2007

L'assistant sanitaire et la prévention.

L'assistant sanitaire a une fonction d'éducation: voir les deux billets précédents...Il a aussi une fonction de soins (bien classique). Fait-il aussi de la prévention ? et quelle différence avec l'éducation?

L'éducation à la santé se situe dans une perspective globale et positive : il s'agit de développer les capacités de chaque jeune à vivre en bonne santé (physique, mentale, sociale...).

La prévention agit dans un registre assez différent : toute prévention est ciblée, et elle agit "contre", en négatif; elle a pour but d'éviter la survenue de d'événements considérés comme néfastes à la santé.

Petit inventaire non exhaustif des actions de prévention qu'on pourrait attendre d'une équipe de maîtrise (certaines très classiques, d'autres nettement moins) :

- La prévention des infections et des intoxications : chacun doit être vacciné; il ne faut pas camper dans des lieux insalubres; "le lieu de cuisine est maintenu rigoureusement propre, rangé et nettoyé après chaque repas. Les glacières, jerricanes sont nettoyés et désinfectés chaque jour." ... le document sur la réglementation et la sécurité des activités fourmille d'exemples à ce sujet.

- La prévention des accidents : respect du code de la route quand on marche au bord d'une route, ergonomie des installations, bon entretien et bonne utilisation des outils...mais aussi sommeil suffisant tout au long d'un camp pour éviter la fatigue !

- La prévention des situations de violence : la violence, nous dit un rapport récent sur la souffrance des adolescents(voir pièce jointe en annexe), est un problème chez les jeunes. Est-ce un problème chez les scouts? la modeste approche de cette question faite en 2006 dans l'enquête "Tous en forme !" faite sur la tranche d'âge 11-14 ans, va dans le même sens: ce n'est pas forcément fréquent, mais quand la violence survient, elle n'est pas facile à gérer...

- La prévention des comportements addictifs : depuis la fin des années 90, plusieurs observations à grande échelle sur des rassemblements pionniers ou compagnons ont montré que les scouts (et les guides très probablement)...sont des jeunes comme les autres ! à l'adolescence, c'est à peu près la même proportion qui fume du tabac ou du cannabis, qui s'alcoolise etc... et à en croire le rapport en annexe, c'est un vrai problème...

- La prévention des troubles liés à l'alimentation: anorexie, boulimie, et actuellement l'obésité...c'est sûrement un problème pour les Boys Scouts of America, mais c'est déjà en France une question préoccupante: 12% de la population française adulte est obèse, et près d'un tiers en surpoids...

- La prévention du SIDA : On a longtemps prétendu qu'il était obligatoire d'avoir dans sa pharmacie une réserve de préservatifs, pour le cas où... mais les actions scoutes ou guides sur cette thématique sont à ma connaissance plutôt rares en France. Il faut savoir que dans de nombreux pays (d'Afrique notamment)des programmes scouts spécifiques d'action contre le SIDA sont régulièrement mis en avant et considérés comme pertinents (cf ce billet).

- La prévention des cancers : il y a quelques années le bureau européen du scoutisme avait lancé une campagne de prévention des cancers de la peau, en réponse à ce vrai problème de santé publique...les actions préconisées étaient assez simples, il fallait notamment éviter de s'exposer au soleil aux heures ou les rayonnements UV étaient les plus méchants, utiliser de la crème solaire...

- La prévention du suicide : le nombre de tentatives de suicides et de suicides réussis chez les jeunes pose problème (cf le rapport déjà cité...) On pourrait imaginer qu'on demande aux mouvements scouts-guides de faire quelque chose...

Le catalogue pourrait s'allonger sans fin, au fil des difficultés pointées par les rapports officiels.
Devons-nous être indifférents à ces questions de santé publique? certainement pas, vu le public d'enfants et de jeunes auquel nous nous adressons.
Mais comment agir ? nous ne sommes pas des organismes de prévention spécialisés. Laissons la question en suspens jusqu'à un prochain billet...


Pour aller plus loin : je vous invite à relire (ou à lire) la synthèse de l'enquête "tous en forme", et à parcourir le rapport "Adolescents en souffrance" publié il y a quelques jours par la défenseure des enfants. Tout le secteur associatif de l'éducation populaire en est étrangement absent...

vendredi 23 novembre 2007

Des capacités à être en bonne santé...

Au point où nous en sommes, l'assistant sanitaire en accueil de scoutisme a pour première fonction d'aider chacun à développer ses capacités à être en bonne santé.

Quelles sont donc ces "capacités" que le scoutisme peut contribuer à développer? avant d'aller plus loin, prenons le temps de les détailler un peu...

En matière de santé, je propose quatre domaines de capacités à développer:

- Prendre soin de son corps:

o Satisfaire ses besoins essentiels
o Respecter les rythmes de son corps
o Intégrer les bases d’une bonne hygiène de vie
o Apprendre à gérer soi-même ses bobos quotidiens.

Le scoutisme, à travers la vie de camp, favorise naturellement la prise de conscience de la réalité de son corps et de ses besoins physiologiques : manger, dormir, se protéger du froid, du chaud,de l'humidité, apprendre à ménager son corps en expérimentant la durée...
L'hygiène de vie personnelle et l'apprentissage d'une auto-médication "de base" sont également des apprentissages que le scoutisme peut favoriser, surtout à travers un accompagnement dans la durée.

- Se servir de son corps :

o Développer ses capacités physiques
o Utiliser ses cinq sens
o Faire régulièrement de l'exercice physique.
o Développer sa créativité et son sens artistique

Le scoutisme n'a pas vocation à former des athlètes de haute compétition,mais des hommes et des femmes bien dans leur tête et bien dans leur corps.
L'enjeu d'un exercice physique régulier est une thématique d'actualité suite à l'augmentation du nombre d'obèses: des études très sérieuses ont prouvé scientifiquement que les personnes qui faisaient vingt minutes d'activité physique modérée tous les jours vivaient mieux et avaient une meilleure espérance de vie...
A travers les apprentissages multiples qu'il favorise, le scoutisme peut contribuer à faire découvir à chacun les multiples capacités qu'il porte en lui. Il ne faut pas s'en priver.

- Adopter une attitude autonome et responsable :

o Entre besoins et plaisir, parvenir à un équilibre personnel satisfaisant
o Utiliser de manière adéquate les services de santé
o Se montrer attentif à la santé d’autrui
o Préserver la santé des générations futures.

Pendant l'enfance, et encore plus à l'adolescence et à tout âge, il n'est pas facile de choisir entre se faire plaisir et "ce qui est bon pour sa santé": les deux ne coïncident pas toujours. Le scoutisme peut sans doute contribuer à aider chacun à mieux vivre ce paradoxe...
Recourir aux services de santé à bon escient, devenir un"citoyen" vigilant aux problèmes de santé de ses semblables, adopter des comportements quotidiens sains et respectueux de l'environnement sont d'autres enjeux extrêmement importants.
L'expérience scoute, à travers la responsabilisation personnelle, la vie d'équipe et la prise en charge de la vie quotidienne,donne aux maîtrises de nombreux atouts pour agir dans ce sens.

- Acquérir une résilience satisfaisante:

o Connaître et accepter les changements de son corps.
o Etre capable de verbaliser de manière adaptée ses émotions et son ressenti.
o Faire face aux épreuves et aux difficultés sans se laisser détruire.
o Etre capable de se projeter dans l’avenir et de faire des projets.

La résilience est un concept apparu récemment qui désigne au départ la capacité plus ou moins grande de l'acier à résister à un choc sans se casser. On pourrait aussi parler de la capacité du roseau à résister au vent: "je plie mais ne rompt pas".
Baden Powell avait eu l'intuition que cette qualité (qu'on ne nommait pas ainsi à l'époque) était importante pour les scouts: "le scout sourit dans les difficultés"...

Verbaliser ses difficultés ou ses émotions est souvent un bon moyen d'en garder le contrôle et de les mettre à distance, ce n'est donc pas un apprentissage anodin.
Aller au-delà de l'instant immédiat et se mettre dans une perspective de projet n'est pas donné à tout le monde. Il est clair que le scoutisme, à travers sa pédagogie et dès le plus jeune âge, peut agir là-dessus.
C'est une capacité importante en matière de santé.Toutes les personnes qui ont eu un jour à accompagner des proches victimes de dépression peuvent en témoigner : la situation de la personne s'améliore à partir du jour où elle redevient capable de faire des projets...


Pour aller plus loin : l'article de wikipédia sur la résilience permet de se faire une idée un peu plus précise de ce concept.

Et en annexe, une présentation powerpoint sur la santé des personnes handicapées en centre de vacances,que j'avais faite il y a quelques années à partir de la théorie des besoins de Maslow et du point de vue de plusieurs organismes d'accueil.

mardi 20 novembre 2007

L'assistant sanitaire et l'éducation.

La fonction de l'assistant sanitaire est appelée "suivi sanitaire" dans les textes réglementaires. Comme je l'ai souligné précédemment, la nouvelle notion d'accueil de scoutisme inscrit cette fonction dans la durée.

Ce qui n'était au départ qu'une fonction limitée à un séjour, essentiellement consacrée à des tâches administratives et de soins, voit s'élargir son champ d'application: éduquer, prévenir, soigner. Eduquer et prévenir deviennent possibles quand on a la durée devant soi: on peut se donner des objectifs à moyen et long terme, et le temps permet d'observer les évolutions.

Eduquer est selon moi la mission première de l'assistant sanitaire en accueil de scoutisme. Et si je devais définir l'éducation à la santé, je dirais qu'elle consiste à développer les capacités nécessaires pour vivre en bonne santé.

Comme le dit l'OMS : "la santé ne se réduit pas à une simple absence de maladie ou d'infirmité. La santé est un complet état de bien-être, physique, mental et social."

Nous cherchons à développer des capacités globales à être en bonne santé. Chacun en possède au départ. Le suivi sanitaire consiste à les identifier et à les développer. Et à en acquérir de nouvelles.

Ce modèle s'applique à tous, y compris à ceux qui ont des difficultés physiques, mentales ou relationnelles. Il peut se décliner de multiples manières que nous verrons plus tard.


Pour aller plus loin:

- Relisez les articles de la catégorie "santé" , en particulier celui-ci où je commentais la définition de l'OMS.

- Et aussi la catégorie "des capacités à développer", qui ouvre toute une série de pistes à explorer.
Notamment deux articles écrits il y a deux ans mais qui gardent toute leur actualité: "Développer ses capacités" et "Cinq sens à développer"

Observer, pas simplement voir.
Ecouter, pas simplement entendre.
Palper, pas simplement toucher.
Savourer, pas simplement manger.
Humer, pas simplement sentir.

dimanche 18 novembre 2007

Assistant sanitaire, rôle ou fonction ?

Assistant sanitaire, est-ce un statut, un rôle...ou simplement une fonction ?

La question mérite d'être posée.

L'arrêté du 20 février 2003 décrit la fonction de "suivi sanitaire". Cette fonction est assurée par "l'un des membres de l'équipe d'encadrement" qui agit "sous l'autorité du directeur".

Pour les camps, il arrivait souvent que l'on recrute un étudiant en médecine ou en soins infirmiers pour assurer temporairement cette fonction, mais comment faire pour gérer toute l'année ?

La solution la plus simple est sans doute de confier la responsabilité du suivi sanitaire à l'un des assistants de l'équipe de maîtrise : dans la maîtrise, il va "jouer le rôle" d'assistant sanitaire, sous l'autorité de celui qui a pris le rôle de chef d'unité.

Mais faut-il pour autant que ce soit un "statut" obligatoire dans une équipe de maîtrise? on pourrait imaginer que ce soit simplement un rôle à prendre au même titre que d'autres rôles " fonctionnels" (animateur de jeux, responsable matériel, etc...).
Le chef d'unité a lui un statut bien précis, correspondant à une fonction précise, en réponse à des obligations légales en particulier au moment du camp... et il suit un cursus de formation en partie spécifique.

Faut-il en faire autant pour la fonction de suivi sanitaire? à ce stade je ne suis encore sûr de rien.

Vos avis m'intéressent ! n'hésitez pas à m'écrire ci-dessous ce que vous en pensez (cliquez sur "commentaires")

vendredi 16 novembre 2007

Assistant sanitaire en accueil de scoutisme.

La notion d'accueil de scoutisme officialise la continuité de notre pratique de scoutisme, comme je le disais dans un article précédent .

Elle nous oblige à actualiser la conception que nous avons de l'assistant sanitaire.
Celui-ci n'est plus lié à un séjour précis, mais à un type d'accueil de mineurs qui fonctionne toute l'année. Concrètement de début septembre à la fin du camp d'été.

Ainsi la fonction d'assistant sanitaire doit bien être une fonction permanente de l'équipe de maîtrise.
Mais est-ce une fonction? est-ce un rôle? la question mérite d'être posée...

En guise de premier éclairage, reportons-nous à l'arrêté du 20 février 2003:

Sous l'autorité du directeur, un des membres de l'équipe d'encadrement est chargé du suivi sanitaire.
Dans les centres de vacances, il est titulaire de l'attestation de formation aux premiers secours.
Le suivi consiste notamment à :

- s'assurer de la remise, pour chaque mineur, des renseignements médicaux ainsi que, le cas échéant, des certificats médicaux, mentionnés à l'article 1er ;
-informer les personnes qui concourent à l'accueil de l'existence éventuelle d'allergies médicamenteuses ou alimentaires ;
- identifier les mineurs qui doivent suivre un traitement médical pendant l'accueil et s'assurer de la prise des médicaments ;
- s'assurer que les médicaments sont conservés dans un contenant fermé à clef sauf lorsque la nature du traitement impose que le médicament soit en permanence à la disposition de l'enfant ;
- tenir le registre dans lequel sont précisés les soins donnés aux mineurs, et notamment les traitements médicamenteux ;
- tenir à jour les trousses de premiers soins.

Ce texte est précis sur le contenu administratif de la fonction, beaucoup moins sur le reste:
l'assistant sanitaire y est surtout décrit comme un gardien (de la trousse de soins),un secrétaire (il vérifie des fiches et remplit un registre) et un distributeur (des médicaments apportés par les enfants)...

Mais la porte reste ouverte à tous les enrichissements: il y a un "notamment"...

Le suivi sanitaire en accueil de scoutisme comporte indiscutablement une fonction administrative et une fonction de soins. Mais il comporte aussi une fonction préventive et éducative, liée à la pratique spécifique du scoutisme.

Cette fonction peut être d'autant plus présente que l'action s'inscrit désormais dans la durée.

mercredi 14 novembre 2007

Assistant sanitaire, nouvelle rubrique.

A partir d'aujourd'hui, je crée une nouvelle rubrique: assistant sanitaire. Elle regroupera tous les articles concernant ce thème,ceux déjà parus et ceux à venir.

En effet, la récente notion d'accueil de scoutisme est l'occasion de remettre à plat les conceptions que nous avons à ce sujet, et de renouveler les outils mis à la disposition des assistants sanitaires dans le cadre du scoutisme.

Ce travail est commencé et il doit se conclure à la fin du printemps, avec la sortie du guide de l'assistant sanitaire.

Les articles publiés dans cette rubrique permettront de tester son contenu en avant-première.

Revenez donc sur ce blog dans les prochains jours, et parlez-en autour de vous aux personnes intéressées par ces sujets.

lundi 12 novembre 2007

L'accueil de scoutisme.

L' année 2007-2008 voit rentrer dans les moeurs la réforme introduite par le décret n° 2006-923 du 26 juillet 2006 relatif à la protection des mineurs accueillis hors du domicile parental.

Il existe officiellement désormais trois manières d'accueillir :

- Les accueils avec hébergement.
- Les accueils sans hébergement.
- L'accueil de scoutisme.

Les spécificités du scoutisme sont bien reconnues et c'est une nouveauté : on appelle accueil de scoutisme un accueil hors du domicile familial "d’au moins sept mineurs, avec et sans hébergement, organisé par une association dont l’objet est la pratique du scoutisme et bénéficiant d’un agrément national délivré par le ministre chargé de la jeunesse. "

Ce n'est plus le type d'hébergement qui définit ce que nous faisons, mais "la pratique du scoutisme" : les choses sont dites.

Cette reconnaissance a de nombreux avantages. Elle officialise notamment la continuité de la pratique du scoutisme: le scoutisme se vit toute l'année, pas seulement pendant les camps d'été.

En matière de santé, les exigences posées tout au long de l'année doivent se mettre au diapason des exigences posées au moment du camp.

mardi 25 septembre 2007

Le silence est d'or...

Bip.jpg Après 60 années de silence, le mime Marceau s'est tu.

En 1947 il avait crée Bip, un personnage lunaire qu'il allait ensuite présenter sur toutes les scènes du monde.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, lui a rendu un vibrant hommage: "Avec Marcel Marceau, la France perd un de ses ambassadeurs les plus éminents. Il restera présent parmi nous grâce à son souci de l'enseignement et de la transmission"...

Mais l'Ecole Internationale du Mimodrame, qu'il avait créée à Paris en 1978 pour perpétuer son art, s'est éteinte avant lui: en 2006, elle a définitivement fermé ses portes faute de trouver une solution pour son financement. Ultime témoignage, le site de l'école, aujourd'hui à l'abandon. Comme le dit la revue Cassandre, citée ici, " Les temps sont durs pour les arts minoritaires."

Le mime Marceau a débuté et développé son art dans les années d'après guerre. A cette époque-là le scoutisme a été particulièrement actif dans le domaine de l'expression théâtrale, avec les Comédiens Routiers et Léon Chancerel notamment.

Pour ma part j'ai un vague souvenir de mimes et de sketchs dans les veillées scoutes de mon enfance, mais une expérience très limitée...Je me dis souvent que nous n'avons pas su, dans le domaine de l'expression par le corps, stade ultime de la pleine santé, faire fructifier l'expérience que le scoutisme avait capitalisé.

Le mime, le chant, l'expression théâtrale sont des modes d'expression qui pourraient facilement, et sans grand moyen, être mis en valeur dans le cadre du scoutisme.

Je rêverais d'un scoutisme école de mime, école de chant, école de théâtre, mis au goût du jour du XXIème siècle... Bien sûr nous ne sommes pas l'école du mimodrame de Marcel Marceau, le cours Florent ou A Coeur Joie, mais notre vocation d'initiateurs s'en trouverait grandie.


Petit hommage visuel grâce aux vidéos de l'INA:

Le secret du silence(1953)

Le tir à la corde, actualités du 9 mai 1956.

Le JT de 20h en 1972, à propos de Bip, et de plein d'autres choses.

Le mime et l'art du silence(entretien,1976).

L'école du mimodrame...et la peinture. Le mime Marceau en l'an 2000.

Le JT de 20h en 2001: L'école du mime...

lundi 17 septembre 2007

Bonus fiches pratiques Arc en ciel : l'aventure du quotidien...

Le service Handicaps des Scouts et Guides de France propose différentes manières d'ouvrir le scoutisme aux personnes handicapées.

Il y a deux ans, l'équipe qui s'en occupait avait en cours une série de fiches pratiques, qui détaillait ces propositions sous un angle concret. J'en avais présenté la première version sur le blog. Il y a un an, la publication était imminente.

A la date d'aujourd'hui, je ne trouve pas sur le site Internet ni sur le site de la Boutique de nouvel outil s'inspirant de ses fiches, ou les remplaçant.

Je me permets donc de les déterrer des profondeurs de mon blog, en me disant qu'elles peuvent peut-être encore servir... J'y rajoute la dernière fiche créée (février 2006) qui s'intitulait : "l'aventure du quotidien". Toutes les fiches disponibles sont en pièce jointe à la fin du billet.

Bonne lecture à tous ceux qui comme moi pensent que rendre accessible le scoutisme à tous nécessite un peu de pédagogie et de savoir-faire !


Liste des fiches pratiques :

  1. Au-delà des barrières.
  2. Arc en ciel.
  3. Vent du large.
  4. Projets et rencontres.
  5. Partenaires pour agir.
  6. Au côté des familles.
  7. Bienvenue chez toi.
  8. Les mille visages de l’intégration.
  9. L’aventure du quotidien.
  10. Le jeu scout
  11. Un ticket pour la vie.
  12. Handicap, déficience ? quelques repères.

1. Au-delà des barrières. en ligne

Faire du scoutisme ou du guidisme, c’est possible pour tous les jeunes.

Le service Handicaps des Scouts et Guides de France est là pour nous aider à lever les obstacles qui nous séparent peut être des personnes que l’on dit « handicapées ». Une invitation à changer de regard…

2. Arc en ciel. en ligne

L’Arc en ciel, c’est la diversité des couleurs au sein d’une même lumière… Faire vivre du scoutisme à tous les jeunes en s’appuyant d’abord sur leurs capacités, sans faire une fixation sur ce qui les limite : tel est l’objet de la proposition Arc en ciel. Quelques repères pour mieux vivre ensemble la diversité.

3. Vent du large.

Proposition spécifique faite aux adultes handicapés mentaux de continuer à vivre une expérience épanouissante de scoutisme ou du guidisme, en relation avec des valides. Un service original en direction d’un public trop souvent oublié.

4. Projets et rencontres. en ligne

Toutes les unités peuvent avoir un jour envie de mener un projet à la rencontre des personnes handicapées ou une action de sensibilisation autour du handicap. C’est souvent un bon moyen pour faire évoluer le regard porté par les scouts et guides valides sur les personnes dites « handicapées ». Principales règles à respecter.

5. Partenaires pour agir. en ligne

Scouts et Guides de France agissent au coeur de la cité. De multiples acteurs du monde associatif peuvent nous aider à « lever les barrières » entre les personnes handicapées et nous. Faisons ici leur connaissance et découvrons les multiples pistes d’actions possibles avec eux.

6. Au côté des familles.

Nous sommes un espace éducatif complémentaire des familles. Bien connaître les parents des jeunes que nous souhaitons accueillir est indispensable. C’est peut-être encore plus vrai avec les parents de jeunes atteints de déficiences ou de maladies chroniques. Sans oublier les parents des jeunes « valides » avec qui il est important également de dialoguer.

7. Bienvenue chez toi.

Accueillir ne s’improvise pas, il faut un peu de méthode. Quelques repères pratiques pour ne pas s’engager à la légère et mettre toutes les chances de son côté.

8. Les mille visages de l’intégration.

Il n’y a pas un modèle unique de l’intégration, c’est à chaque groupe de définir son projet pédagogique avec l’aide du service handicaps. Quelques pistes possibles pour éclairer les choix des maîtrises et les équipes de groupe : les unités adaptées, le scoutisme pluriel…

9. L’aventure du quotidien.

Mettre la vie quotidienne et les activités à la portée de tous ne va pas forcément de soi…mais c’est possible avec un peu d’inventivité et une dose de bon sens.

10. Le jeu scout.

Activités et projets, loi et promesse, équipes et rôles, … comment mettre en place le jeu scout dans la durée pour que chacun y trouve son compte et progresse à son rythme ? Quelques éléments de réponse.

11. Un ticket pour la vie.

Etre scout ou guide, c’est une chance offerte à chaque jeune. Le choc de la rencontre et de la vie quotidienne assumée ensemble aide chaque jeune à grandir, quels que soient ses handicaps ou ses difficultés. Quelques outils pour gérer correctement les passages d’une branche à l’autre, les départs et le passage à l’âge adulte .

12. Handicap, déficience ? quelques repères.

Nul besoin d'être éducateur spécialisé pour accueillir deux ou trois jeunes handicapés légers dans son unité. Mais il est quand même utile de bien savoir de quoi l'on parle, et de pratiquer un peu le même langage que les interlocuteurs qu'on sera amené à rencontrer.

vendredi 31 août 2007

Au revoir Ilyas(2)

Suite de l'histoire d'Ilyas, commencée dans le billet précédent.

C'était un jour d'octobre 2002. Appel au secours sur le téléphone portable : "Ilyas ne va pas bien, il est très gêné pour respirer". Ce n'était pas la première fois, mais cette fois c'était vraiment sérieux. Un coup de fil au SAMU, pas de chance, le SMUR était indisponible. Seule solution, faire venir les pompiers, et médicaliser moi-même le transport...

Juste avant le transport, Ilyas, encore conscient mais à la respiration de plus en plus difficile, m'avait dit que si çà se passait mal il ne souhaitait pas être réanimé. Il redoutait plus que tout, et plus que la mort elle-même, la perspective de se retrouver comme son frère aîné immobilisé sur un lit pour de longues années. Et il savait que si son appareil de ventilation non invasive ne suffisait plus, il faudrait le trachéotomiser (ouvrir sa trachée pour faire passer l'air) et le ventiler de manière artificielle pour le restant de ses jours.

C'était la fin de l'autonomie qui lui restait, de la vie au milieu de sa famille où de son fauteuil d'infirme il assurait malgré tout sa fonction de communication, de mise en relation...la fin d'une vie qui valait quand même la peine d'être vécue.

Embarquement sans encombre dans la véhicule des pompiers, mais juste avant d'arriver à l'hôpital,alors qu'il perdait peu à peu conscience j'ai vu que le rythme respiratoire se ralentissait . La pause respiratoire par épuisement était imminente, suivie juste après d'un arrêt cardiaque inévitable.

J'ai fait arrêter l'ambulance des pompiers et j'ai eu quelques instants d'intense hésitation...avant de prendre finalement mon insufflateur manuel pour relayer le dispositif de ventilation invasive désormais inutile. Ilyas a repris quelques couleurs, le temps de rallier le service d'urgence.

Il fallait aller jusqu'au bout. Ce que j'ai expliqué à l'urgentiste interrogatif devant ce jeune homme à l'apparence physique si dégradée. Ilyas a alors été intubé et transporté en réanimation à Lyon. Quelques jours plus tard, contre toute attente, il a repris conscience et une respiration autonome, sans appareillage supplémentaire et sans trachéotomie.

Je suis allé le voir. Il m'a remercié de ne pas l'avoir écouté, me disant qu'il n'avait pas vraiment la volonté de mourir, mais qu'il était sur le moment tellement épuisé qu'il en avait assez.

Il a repris sa place dans sa famille comme avant, avec juste une dépendance accrue, 23h30 sur 24, à son appareil de ventilation invasive. Et aussi une sérénité plus grande et une attention aux autres décuplée. Mais il n'a plus jamais voulu reconsulter à Lyon comme précédemment, tant sa peur était grande du jour où la trachéotomie deviendrait inévitable. Et une nuit de juin dernier, à nouveau essoufflé, il a attendu tellement longtemps pour donner l'alerte que les secours sont arrivés trop tard. Quinze jours plus tard sa famille m'a remis une médaille de remerciement qu'Ilyas avait fait graver à mon intention, "pour quand il ne serait plus là".

La vie, la mort...tout se joue parfois en quelques instants. Je n'ai jamais regretté la décision que j'ai prise il y a 5 ans, mais depuis j'écoute les débats sur l'euthanasie avec une grande perplexité.
La vie, la mort...il n'y a pas de question plus mystérieuse et plus complexe.

jeudi 30 août 2007

Au revoir Ilyas (1)

Il est rare que je parle ici de mes rencontres au cours de mon activité de médecin généraliste. Mais la période actuelle, cet entre-deux qui n'est plus les vacances et pas encore tout à fait la rentrée, autorise quelques digressions. Et la rencontre que je souhaite partager avec vous n'est pas complètement hors sujet.

Il s'appelait Ilyas et il avait 31 ans. Il est mort en juin. J'avais fait sa connaissance en 2000, peu après mon installation dans ce "quartier" où j'exerce encore aujourd'hui. Un quartier où il avait grandi avec sa famille, d'origine turque comme beaucoup de familles ici. Il était atteint de la myopathie de Duchenne comme son frère, de 10 ans son aîné.

La myopathie de Duchenne ... une maladie génétique musculaire parmi les plus répandues. Une de celles qui a motivé au départ la création de l'AFM et le développement du Téléthon. Les premières années de la vie se passent bien, puis les capacités motrices se dégradent peu à peu...le fauteuil devient vite un compagnon indispensable, puis l'assistance ventilatoire pour pallier la déficience croissante des muscles respiratoires: simple aide respiratoire au début (ventilation non invasive) puis ventilation artificielle après trachéotomie . L'espérance de vie dépend ensuite beaucoup de la plus ou moins grande résistance du muscle cardiaque.

Quand j'ai fait leur connaissance, Ilyas en était au stade de la ventilation non invasive,alors que son frère était déjà depuis plusieurs années trachéotomisé,sous ventilation artificielle au domicile. J'ai découvert une famille tout entière mobilisée autour d'eux. Inimaginable d'envisager un quelconque placement en institution malgré la lourdeur de la tâche.

C'est toute une équipe médicale et para-médicale qui se relaie au domicile: infirmières, kiné, médecin, équipe de gestion des appareillages d'oxygénation...mais c'est bien au quotidien la famille qui se relaie au chevet d'Ilyas et de son frère, pour changer les canules,aspirer les sondes, faire manger, laver etc...

Ilyas avait dans le dispositif familial une place centrale. Il avait eu le temps de faire quelques études avant que son handicap devienne trop important,et il parlait un français parfait. Ce n'était pas le cas de tous les membres de sa famille, et cette capacité était largement mise à contribution.

Il avait un aspect physique inquiétant au premier contact : dans son fauteuil, on aurait cru un oiseau recroquevillé sur sa branche...mais il était dans la relation : c'est lui qui donnait au visiteur des nouvelles des autres membres de la famille, c'est souvent lui qui communiquait avec l'extérieur par téléphone. Il était le seul homme admis dans l'espace réservé aux femmes. Il suffisait de lui tenir le combiné téléphonique et grâce à lui le handicap de la langue disparaissait.

J'avais devant moi un exemple concret de ce qu'on apprenait aux scouts avec Arc en ciel : une personne ne se réduit jamais à son "handicap", elle a très certainement des capacités qui peuvent être utiles aux autres.

Au fil du temps nous avions noué des relations assez proches. Une année il s'était mis dans la tête de retourner en Turquie,et il m'avait proposé d'y aller avec lui...j'avais fini par me dire: "pourquoi pas" et pris des contacts avec l'AFM qui a des réseaux de correspondants efficaces dans de nombreux pays, mais finalement, il s'était rétracté... il était sans doute déjà un peu tard, et la peur d'une complication ou d'un ennui avait été la plus forte.

Un projet avorté qui m'a à l'époque laissé des regrets,mais fait beaucoup gamberger : j'imaginais des compagnons ou des chefs partageant un voyage à l'étranger avec d'autres jeunes de leur âge, incapables de voyager seuls du fait de leur handicap mais avec dans la tête le rêve immense de pouvoir le faire...

lundi 20 août 2007

10 000 visiteurs...

Je m'en suis rendu compte en regardant le compteur en bas de la page : le cap des 10 000 visiteurs a été franchi hier, pratiquement cinq mois jour pour jour après le lancement de scoutblog.

10 000 visiteurs différents en en 5 mois! à titre de comparaison, je n'en suis qu'à 8000 sur overblog (la plateforme précédente de ce blog) au bout de deux ans.

C'est un afflux étonnant : 2000 visiteurs différents chaque mois, plus de 60 par jour! sans doute à relativiser, puisqu'apparemment le blog n'a été revisité que 400 fois....

Je serais curieux de savoir si les visiteurs qui passent ici le font par hasard, suite à un référencement performant sur les moteurs de recherche, ou grâce à la notoriété de LaToileScoute. Le blog a eu les honneurs de la première page de Scoutblog et de la revue Azimut de juillet, mais le phénomène avait commencé bien avant .

Alors, amis visiteurs, exprimez vous : d'où venez-vous? êtes-vous en majorité des scouts, ou de simples passants qui ont vu de la lumière ? qu'aimeriez-vous trouver sur ce blog pour vous inciter à y revenir?

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