Les scouts et l'alcool
Par Dominique Solazzi le mardi 11 avril 2006, - Addictions - Lien permanent
Il y a quelques semaines, je me suis découvert en photo dans la revue Résonance de février. J’y répondais aux questions d’une dame que je n’avais jamais rencontré et avec qui je n'avais jamais discuté ! étrange impression...
Du fait des contraintes de la mise en page, l’interview était beaucoup plus succincte que celle pour laquelle j‘avais été sollicité. En exclusivité pour les visiteurs du blog, voici donc le texte de l’interview avant correction. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Sensible aux inquiétudes des parents, alerté par les échos venus de responsables locaux sur la question de la consommation d’alcool de façon excessive au cours des activités de scoutisme, le délégué général a souhaité faire avancer la réflexion sur ce dossier délicat.
Pourquoi et comment avez-vous été désigné pour réfléchir sur le thème de la consommation d’alcool ?
D.S.: La mission qui m’a été confiée est plus vaste que le simple domaine de la consommation d’alcool. La santé est l’un des domaines éducatifs privilégiés depuis toujours par le scoutisme et le guidisme. J’avais fait ma thèse sur le sujet et je pense toujours que le scoutisme est un bon outil pour développer des capacités à être en bonne santé...mais c’est un outil parfois sous utilisé.Le fait d’être scout ne nous met pas à l’abri de toute difficulté ou de tout excès. Ainsi l’enquête menée avec le CREDOC au cours du rassemblement Solidaires au cours de l’année 2000 montrait que le comportement des 8 000 pionniers interrogés était proche de celui des autres jeunes de leur âge.
La consommation excessive de boissons alcoolisées reste un peu tabou dans le mouvement. Il y a un statut légal et valorisé de cette consommation dans notre société, et l’ivresse d’un jeune est souvent plus facilement tolérée que la consommation excessive d’autres produits.
La situation est-elle préoccupante ?
D.S. : J’ai interrogé récemment des responsables des différentes tranches d’âge. Il ne semble pas y avoir de problème réel avant 14-15 ans, hormis des cas isolés. Les difficultés semblent plus fréquentes ensuite: on assiste à des habitudes qui s’installent, une consommation régulière ou des répétitions d’ivresse plusieurs fois par an.Ce n’est pas fréquent mais certains jeunes peuvent être plus vulnérables et les maîtrises doivent vraiment en tenir compte. Des études récentes ont montré que plus on commençait tôt à avoir une consommation excessive et plus on avait de chances de devenir dépendant à l’âge adulte. Les maîtrises ne doivent donc absolument pas banaliser les choses, et porter une attention particulière aux jeunes les plus exposés.
Comment est-il possible que des jeunes consomment de l’alcool pendant un camp ou un week-end ?
D.S. : L’un ou plusieurs d’entre eux emportent des bouteilles dans leur sac, prises chez eux ou achetées au supermarché et se les partagent ensuite. Cela peut se faire avant un WE, au début d’un camp, lors des 48h Pionniers, à l’occasion d’un rassemblement territorial, d’une route compagnons…L’une des difficultés à l’âge des pionniers et des caravelles est la barrière légale des 16 ans, au-delà de laquelle un mineur peut acheter ou consommer de l’alcool : or les pionniers ont moins de 16 ans mais parfois plus…la limite des 16 ans joue souvent dans un sens permissif alors que ce devrait être l’inverse !
Ainsi, sans penser à mal, lors d’une fête de fin de camp ou une inauguration, on invite le maire et quelques habitants du village proche. On accepte que les pionniers boivent un verre, parfois ils sont même chargés de servir l’apéritif ; pris par l’accueil des invités, les chefs relâchent leur attention et il peut arriver qu’un ou deux pionniers abusent de l’alcool.
Ceci dit, et pour relativiser les choses, 50 % des jeunes de 12 ans ont déjà consommé au moins une fois des boissons alcoolisées, et là ce sont plutôt les fêtes de famille qui sont en cause…
Que peut-on attendre des chefs face à ces difficultés ?
D.S.: L’attitude des chefs me semble primordiale. Ils doivent faire attention à ce qu’ils induisent par leur comportement et être clairs eux-mêmes quant à leur propre consommation d’alcool. L’adolescence est un âge fragile où peuvent s’installer des habitudes de consommation. C’est aussi un âge où les jeunes recherchent une autorité, des repères, des limites solides. Quand nous recrutons des chefs pour les 14-17 ans, ils doivent être capables de se positionner de manière claire face à des adolescents, alors qu’ils sont eux-mêmes souvent en face des mêmes problématiques : une certaine maturité est nécessaire.Par ailleurs, si nous prétendons être un mouvement éducatif dans le domaine de la santé, un des membres de la maîtrise peut en prendre la responsabilité. Ce pourrait être un contenu passionnant pour la fonction d’assistant sanitaire, qui se cantonne trop souvent à la gestion des petits soins pendant le camp.
Quelle est l’attitude prônée par le mouvement ?
D.S.: A ce stade de la réflexion, je ne peux guère qu’avancer quelques recommandations personnelles qui devront être discutées et approfondies, notamment à l’occasion des Rencontres nationales du Mouvement en mai.Les responsables des tranches d’âge 14-17 ans et 17-21 ans doivent impérativement en avoir discuté en équipe de maîtrise avant les week-ends, les rassemblements et les camps. Ils se mettront d’accord sur une attitude claire à respecter par tous, et sur les modalités d’intervention à avoir si nécessaire.
Chaque membre de la maîtrise est-ils au clair par rapport à sa propre consommation de boissons alcoolisées ? si ce n’est pas le cas, toute consommation d’alcool sur le lieu d’activité doit être bannie, car les risques de dérapage sont importants… En tout état de cause chaque maîtrise doit se fixer des règles strictes sur cette consommation ; par exemple s’ils consomment un peu d’alcool lorsqu’ils sont entre eux, l’un d’entre eux ne boira rien pour être sûr d’être en pleine possession de ses moyens en cas d’imprévu.
Certains pensent que dans la mesure où chez eux les chefs consomment de la bière ou prennent l’apéritif avant les repas, ils peuvent continuer à le faire en camp : ainsi les plus jeunes ont l’image d’une consommation d’adultes responsables… l’argument me semble recevable, mais on renforce ainsi l’idée que l’alcool est l’ingrédient indispensable des moments de détente et des soirées de fête.
Le choix pédagogique de faire vivre des camps pionniers/caravelles et des rassemblements compagnons/JEM rigoureusement sans alcool me semble autrement plus fort…
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