C'est une méthode pédagogique reconnue... notamment par les spécialistes de l'éducation à la santé, notamment dans les milieux anglo-saxons. Mais pas seulement.

C'est une méthode utilisée dans le scoutisme depuis les origines, notamment à travers le système des patrouilles. Chez les Scouts et Guides de France on l'utilise souvent un peu comme M. Jourdain faisait de la prose, sans y penser. Si on y pensait plus souvent il est possible qu'on enrichirait assez facilement la pratique quotidienne du scoutisme.

C'est de la méthode dite d' "éducation par les pairs" que je veux parler. Dans l'enquête "Tous en forme" dont je vous parle aujourd'hui pour la cinquième et dernière fois, j'ai bien entendu cherché à voir comment elle s'appliquait.

100 assistants sanitaires sur 112 (89 % soit la presque totalité) avaient pendant le camp parmi les jeunes au moins un correspondant santé sur qui s’appuyer. Ces scouts ou ces guides qui ont accepté de prendre pour la durée du camp un rôle en rapport avec la santé sont au total 424 pour 112 unités enquêtées; ce qui représente 3.8 jeunes par une unité ( en gros un par équipe, parfois plus).

Les rôles pris sont variables : 259 (61 %) sont des soigneurs, 128 (30%) des entraîneurs, 34 (8%) des infirmières, 3 (1%) des physiologistes. La polarité en direction des soins ( soigneur ou infirmière) est nettement plus répandue que la polarité prévention-entraînement : 293 (69%) contre 131(31%). Ainsi, dans les rôles pris par les jeunes, la fonction de soins est choisie dans quatre unités sur cinq. Mais il faut noter que la majorité des unités (67 sur 112 soit 60%) compte les deux types de correspondants santé, ce qui offre à l'assistant sanitaire désireux d'associer les jeunes à la prise en charge de la santé des perspectives intéressantes.

A quoi les jeunes sont-ils associés? tous sont impliqués dans le bon fonctionnement de l'explo, ce qui est logique: c'est le moment privilégié où s'exerce l'autonomie de l'équipe, même dans les unités où le système des patrouilles est peu utilisé. Très peu sont associés à la prise en charge des urgences : trop sérieux et trop grave pour être confié à des enfants ?

Les domaines reconnus comme posant le plus de problèmes aux maîtrises (la gestion des rythmes et des règles de vie, l’adaptation aux conditions météo et les relations entre scouts) sont aussi ceux où les jeunes ont le moins de responsabilités (ils sont associés une fois sur quatre seulement à la prise encharge de ces questions...) Faut-il y voir une relation de cause à effet ?

Il apparaît en tout cas clairement que les deux types de rôle (entraîneur et soigneur-infirmière) ont réellement un profil très différent : l'entraîneur est très présent du côté développement actif de la santé (activité physique et jeux bien sûr, mais aussi règles et rythmes de vie, météo et relations), alors que le soigneur et l’infirmière sont plus dans un rôle de préservation, de soins et d’attention au corps…

Que faut-il en conclure ? à mon avis, trois choses :

- L'attribution de rôles dévolus à la santé est une pratique culturelle largement ancrée dans les pratiques des unités 11-14 ans Scouts et Guides de France, au moins au moment des camps.

- Les jeunes sont assez facilement associés à la gestion des soins, un peu moins au "développement actif de la santé".

- Il existe une marge de progression certaine dans la responsabilisation des jeunes en matière de santé, pendant les camps et pendant l'année. Cet aspect-là ne doit pas être l'oublié des rénovations pédagogiques en cours(dans ce domaine ou dans d'autres).

Les conclusions de cette enquête sur les 11-15 ans ne sont sans doute pas absolument superposables à toutes les tranches d'âge et la responsabilisation des jeunes se fera sans doute différemment avec des 8-11 ans ou des 14-17 ans... mais les priorités peuvent probablement être les mêmes.

N'hésitez pas à ouvrir le fichier ci-joint pour visualiser tous les détails.