C'est une démarche qui a de quoi surprendre. Et qui a surpris les stagiaires BAFA a qui elle fut présentée l'an passé. Beaucoup pensaient (pensent?) qu'il est interdit d'utiliser des médicaments dans le cadre du scoutisme.

Nulle part nous n'avons trouvé d'interdiction claire. Et les spécialistes à qui j'ai demandé de se pencher sur la question ont été surpris de constater le flou juridique qui entoure la pratique d'assistant sanitaire. Devant ce flou, ils nous ont conseillé de commencer par obtenir l'aval du ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Entreprise louable, mais sans doute longue et difficile.

Il existe déjà un texte qui autorise l'utilisation du paracétamol : l'instruction J.et S.du 18 mai 2001 (qui met à jour celle du 12 mai 2000). Mais pourquoi cette molécule-là et pas d'autres, qui ne sont pas plus dangereuses ? il existe des allergies au paracétamol... la même instruction conseille par ailleurs l'utilisation d'alcool à 70° pour les pansements (mais ne mentionne pas d'antiseptiques), de confitures anti-constipation et de crème pour les brûlures, sans préciser lesquelles: en matière de protocoles, difficile de faire plus imprécis et donc potentiellement dangereux...(cf texte en pièce jointe)


Par ailleurs, l'an passé, le ministre de la santé de l'époque, Xavier Bertrand, a relancé le débat sur l'auto-médication...un débat qui mérite d'être posé, devant l'incapacité affligeante d'un grand nombre de personnes à prendre en charge elles-mêmes le plus petit problème de santé.

Dans le scoutisme, nous pouvons agir pour restituer aux adultes et aux jeunes un certain pouvoir sur leur propre santé, sans être obligé de faire appel à un professionnel au moindre mal de tête, sous prétexte que çà pourrait bien être une méningite... Je milite en la matière pour une pédagogie du bon sens !


J'ai associé à la réflexion plusieurs médecins qui ont une longue expérience du scoutisme, notamment les responsables sanitaires des grands rassemblements (Jamborees bleus 1997 et 2006 pour les 11-15 ans, rassemblement Solidaires 14-17 ans, rassemblement Paris 2001 pour les 17-21 ans).
Tous m'ont dit la même chose: il faut débloquer le système, et faciliter l'utilisation dans la pratique du scoutisme de quelques molécules bien choisies, qui éviteront aux chefs de courir chez le médecin ou au service d'urgence au moindre bobo !

C'est donc ce point de vue que j'ai finalement adopté. Avec garde-fous:

- Un choix de molécules bien connues, en nombre limité, réputées pour leur inocuité, disponibles en vente libre dans les pharmacies.
- Des protocoles d'utilisation conformes aux "données actuelles de la science".

Faut-il, ou ne faut-il pas, rajouter un garde-fous en faisant remplir un protocole autorisant les maîtrises à dispenser les médicaments de la trousse?
C'est l'avis d'Yves Poncelin, médecin au SAMU 01, et qui fut longtemps animateur pionnier :

Je suis pour mettre quelques médicaments d"usage "famillial" dans la trousse de secours.

Le débat pour ou contre l'Ibuprofène montre que le fond du problème est l'acceptabilité des effets indésirables potentiels de ces traitements.
C'est donc une question de rapport bénéfice-risque.
En médecine il nous est demandé d'informer le patient sur ces aspects afin qu'il puisse choisir le niveau de risque qu'il accepte.

On pourrait peut-être envisager de demander aux parents en début d'année (ou au moins avant les camps) de cocher sur une liste de médicaments ceux qu'ils acceptent ou non que l'assistant sanitaire délivre à leur enfant en précisant que leur décision doit être éclairée par le médecin traitant.

Cela apporte à mon sens une "protection" suffisante de l'assistant sanitaire en cas de survenue d'un effet secondaire.

Faut-il, ou ne faut-il pas, proposer aux parents de scouts ce "protocole" supplémentaire? à ce jour, je suis encore hésitant...encore un papier de plus à faire remplir. Mais face au flou juridique qui entoure ces pratiques il vaut peut-être mieux être prudent...

Qu'en pensent les lecteurs de ce blog ?