Addictions des jeunes: désinformation ?
Par Dominique Solazzi le mercredi 26 mars 2008, - Addictions - Lien permanent
Toute la journée du 25 mars on a vu et entendu dans les médias des informations sur la consommation de tabac, d'alcool et de drogues illicites par les adolescents et les jeunes adultes. Décryptage...
Pour le tabac, le message est explicite : "le tabagisme est en recul chez les jeunes", "les jeunes moins portés sur la clope", "les jeunes fument moins qu'avant" "on fume moins quand on a 17 ans."
Pour l'alcool et les produits illicites, les choses sont moins claires : "les jeunes moins portés sur la clope mais davantage sur l'alcool" , "les jeunes fument moins et boivent moins" ;"moins de tabac mais plus de drogues dures", "les jeunes délaissent-ils la clope pour la coke?"...
France info a consacré une intéressante chronique au sujet : "Moins de tabac et d’alcool, plus de cocaïne chez les jeunes", et même un débat. A noter aussi l'interview d'Etienne APAIRE,le président de la MILDT, nommé il y a peu à ce poste. Il vous dit tout sur la cocaïne.
Le site Internet de France Info renvoie fort honnêtement vers ses sources : le bulletin épidémiologique hebdomadaire du mois de mars, publié par l'Institut de Veille Sanitaire.
Je vous invite à prendre la peine de le lire... ce qui m'a d'abord frappé, c'est de voir que cette actualité reprise par de nombreux médias n'en est pas vraiment une: tous les chiffres annoncés ici sont déjà connus! l'enquête ESPAD 2003 réalisée auprès d'adolescents en milieu scolaire, l'enquête ESCAPAD de 2005 auprès des jeunes de 17 ans présents à la journée d'appel de préparation à la défense, et le Baromètre Santé Jeunes de 2005... Ce qui est nouveau, c'est juste la synthèse de tous ces chiffres et leur mise en correspondance par l'OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies.
De manière globale, l'étude ESPAD montre bien qu'à 16 ans, l'initiation à la consommation des 3 produits les plus répandus est un apprentissage tout à fait banal : 1/3 des adolescents pour le cannabis, 2/3 pour le tabac, 4/5 pour l'alcool. Une réalité qui doit fortement interpeller ceux qui comme nous cherchent à proposer aux préadolescents et adolescents des apprentissages constructifs.
Ci-dessous, le tableau résumant l'état des consommations à 17 ans:

Que constate-t-on?
- La consommation de tabac diminue certes,mais surtout l'expérimentation. La consommation de tabac intensive (10 cigarettes ou plus), la plus problématique, évolue peu...
- La consommation d'alcool, annoncée à la baisse, diminue peut-être un peu chez les 18-25 ans, mais la consommation régulière des jeunes de 17 ans continue d'augmenter: 12 %... Et surtout la recherche d'ivresses répétées augmente nettement: près de 10% d'ivresses régulières.
- Le cannabis n'augmente plus...mais 50 % des jeunes de 17 ans l'ont essayé au moins une fois et un jeune sur 10 en consomme régulièrement. Une pratique qui s'enracine chez les 18-25 ans.
Par ailleurs, l'étude n'insiste pas particulièrement sur la consommation de cocaïne, à la différence du directeur de la MILDT et de plusieurs médias: l'expérimentation augmente, certes, et continue à progresser à l'âge adulte, mais reste à des niveaux encore très faibles, moins que l'ecstasy et les poppers par exemple...
Tout se passe comme si on voulait insister sur les bons résultats concernant la lutte anti-tabac, d'actualité après les nouvelles réglementations mais dont on ignore encore l'impact. Comme si on voulait minimiser la recherche d'ivresse par les adolescents, qui n'est pas nouvelle mais augmente encore. Et comme si on voulait désigner une nouvelle cible à la lutte: le trafic de cocaïne.
Plusieurs médias (et le président de la MILDT en premier) n'ont pas hésité à annoncer le prix actuel du gramme de cocaïne, largement en baisse. Et les chaînes de télé ont montré comment on réalise un rail de cocaïne... Peut-être faut-il effectivement s'inquiéter,surtout si le circuit de distribution de cocaïne se met à emprunter ceux du cannabis. Mais la nouveauté d'un produit, sa médiatisation, sa présentation sous un jour accessible sont aussi de puissants moteurs pour le populariser...
Il faudra suivre avec attention, dans les mois qui viennent, la nouvelle politique anti toxicomanies qui sera proposée dans le cadre de la présidence par la France de l'Union européenne par Etienne Apaire. Pour info,ici son parcours.
Ce qui doit nous questionner,et devrait à mon humble avis davantage préoccuper les pouvoirs publics, c'est la tendance d'un nombre important d'adolescents et de jeunes adultes à adopter des conduites addictives : à 17 ans, 12 % des jeunes ont fait l'expérience d'un produit illicite autre que le cannabis. Et globalement un jeune sur 10 consomme régulièrement du tabac, un jeune sur 10 fume régulièrement des joints, et un jeune sur 10 est ivre au moins une fois par mois...et sans doute faudrait-il aussi parler des polyconsommations, non abordées ici.
Je suis de plus en plus convaincu que les mouvements de scoutisme ont une place importante à jouer en proposant aux adolescents et aux jeunes adultes, NOTAMMENT AUX PLUS FRAGILES, d'autres attitudes face à la vie.
Commentaires