Faire face aux addictions.
Par Dominique Solazzi le lundi 9 juin 2008, - Addictions - Lien permanent
On appelle « addiction » la tendance à développer une dépendance. Un mot proche du verbe « s’adonner » : s’investir dans quelque chose, s’y livrer à fond… L’addiction,nous l'avons vu, est une question de comportement, pas une question de produit.
Le scoutisme est un mouvement d’éducation avant d’être un organisme de prévention. Dans ce cadre, nous devons nous préoccuper avant tout de développer des capacités globales à résister aux addictions. Ou à y faire face si elles surviennent… c'est ce sujet que je vais développer en premier dans cet article.
Comment faire face aux addictions :
1. Enoncer les règles au départ : la consommation de produits addictifs peut survenir à tout moment, et parfois quand on s’y attend le moins ! Or la consommation de ces produits en accueil de mineurs est soumise à des réglementations précises qu’il importe de respecter : certains sont même strictement interdits.
« Nul n’est sensé ignorer la loi » : c’est valable bien sûr pour la pratique du scoutisme. Le rapport à la loi et l'appropriation des règles seront mis en place de manière différente en fonction de l'âge, mais la nécessité de pouvoir se référer à les règles énoncées dès le départ doit être une constante.
2. Etre vigilant envers les plus fragiles : les « premières fois » ne sont pas forcément suivies de l’adoption d’un comportement de dépendance : c’est la curiosité, l’attrait de la nouveauté, le plaisir de la transgression ou la pression d’autrui qui font expérimenter la première cigarette, la première cuite, le premier joint.
La plupart ont suffisamment de ressources pour ne pas arriver à des consommations problématiques. Mais ce n’est pas le cas d’un certain nombre d’adolescents ou d’adolescentes plus « fragiles » pour des raisons diverses.
C’est à la maîtrise, en particulier à l’assistant sanitaire, de repérer ces fragilités et d’y être attentif. Mais l'attention aux autres est une qualité à développer chez tous les scouts (notamment les responsables d’équipe et les correspondants santé). Elle peut être bien utile pour faciliter la prise en compte des plus fragiles et les aider à trouver leur place.
3. Libérer la parole : Il est souvent difficile à ceux qui ont ces comportements d’en dire quelque chose : ce sont des « comportements », des actes pas forcément rationnels, souvent clandestins, « cachés » car fréquemment dans la transgression. Ou au contraire dans la provocation, mais c’est encore moins facile d’en parler !
C’est pourquoi réussir à ouvrir un dialogue, même limité, est important : c’est une bonne manière de prendre du recul par rapport à son comportement ; de sortir d’un comportement uniquement « agi » ; de mieux maîtriser ce qui s’est passé en le décrivant, en exprimant ce qu’on a ressenti, ses impulsions, éventuellement son mal-être. Une fois ce premier pas franchi, ce sera plus facile d’envisager la suite. En termes de sanction si nécessaire mais surtout d’accompagnement.
La maîtrise ne sera pas forcément à l’aise pour aborder ces sujets, mais elle doit le faire quand même, avec ses mots: quand il s’est passé quelque chose, c’est important d’en parler. Et il faut encourager les scouts à en parler entre eux : un ami ou une amie du même âge sont parfois les plus à même de débloquer certaines situations.
4. Intervenir à bon escient : le scoutisme, c’est mieux sans addiction…mais le scoutisme n’est pas un monde idéal. C’est ce principe qui doit nous guider : dans un monde idéal, personne ne fume, ne boit, ne se drogue. Tout le monde mange cinq fois par jour des fruits et des légumes, et tout le monde se lave les dents trois fois par jour. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal…
Aucune consommation de produit interdit, et plus largement tout comportement présentant un risque pour la santé (de soi-même ou d’autrui, ou pour sa santé future), ne doit être banalisée et nécessite une intervention de la part de la maîtrise. Après, tout est question de mesure et de bon sens…
Quelques situations sont particulièrement ennuyeuses :
- La précocité d’un comportement.
- La multiplicité des comportements « à risque» : tabac + ivresses, cannabis + actes de violence…
- L’intensité du comportement (un état d’ivresse doit inquiéter davantage qu’un verre de bière…)
- Le degré de transgression (prise de cannabis/état d’ivresse alcoolique)
- La répétition des comportements : un comportement qui se renouvelle ou s’installe
- L’incitation à la consommation ou à un comportement donné (faire circuler des joints, entraîner quelqu’un dans sa fugue…)
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