Cannabis : réglementation et réalités.
Par Dominique Solazzi le jeudi 26 juin 2008, - Addictions - Lien permanent
En France, l'usage du cannabis est un délit, mais depuis le début des années 2000 sa consommation est très répandue, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes. Quelques repères.
1. Le cannabis est un produit classé stupéfiant et son usage est interdit, conformément à la loi du 31 décembre 1970, dont les dispositions ont été intégrées au code pénal et au code de la santé publique.
2. Sont interdits la production, la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi du cannabis, de sa plante et de sa résine, des produits qui en contiennent ou de ceux qui en résultent. (Article R5132-86 du code de la santé publique)
3. La peine encourue pour usage de cannabis peut aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende (en cas de conduite sous l’emprise de cannabis jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 4 500 € d’amende)
4. La loi de lutte contre la délinquance de mars 2007 « vise à redonner force à l’interdit social par des sanctions plus crédibles et des réponses mieux adaptées » notamment en développant les injonctions thérapeutiques et le registre des peines de substitution :
stages de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants… » (Art. R. 131-46 du code de la santé publique)
(Synthèse OFDT 2008)
A la différence du tabac et de l’alcool, dont la consommation est simplement encadrée et réglementée, il n’y a pas d’échappatoire : le cannabis, c’est interdit, pour les jeunes comme pour les adultes. Et ceux qui ne respectent pas cet interdit risquent gros. Ils sont pourtant nombreux...
1. Le cannabis est la substance illicite la plus consommée en France, et la France est l’un des pays les plus consommateurs d’Europe.
2. A 17 ans, environ un jeune sur deux a essayé le cannabis au moins une fois. La première expérience a eu lieu en moyenne vers 15 ans, mais a pu se faire parfois avant 14 ans.
3. A 17 ans, un jeune sur 10 est consommateur régulier (au moins 10 fois par mois).
4. La consommation de cannabis est plus répandue chez les garçons.
(Sources : synthèse OFDT 2007 et « Cannabis, données essentielles 2007 »)
Ainsi le cannabis est une substance illicite que la moitié des adolescents ont essayé, en général entre 14 et 17 ans… âge où a lieu souvent aussi l’expérience de la première cuite ou le passage à une consommation régulière de tabac.
Les motivations de départ sont souvent basiques :
- Le besoin de se confronter au monde adulte, la transgression d’un interdit.
- L’envie d’éprouver de nouvelles sensations, de vivre de nouvelles expériences.
- L’envie de faire comme les autres : accepter un joint, c’est souvent un visa pour l’intégration dans un groupe de copains, la reconnaissance par les autres.
La plupart en resteront à des consommations occasionnelles sans conséquences notables. Le cannabis n’a pas la même puissance addictive que le tabac.
Mais un nombre important d’adolescents et de jeunes adultes (environ un sur dix), en consomme régulièrement, ce qui est problématique :
- Le caractère illégal et répété de la recherche et de la consommation de cannabis banalise les comportements de transgression de la loi, et risque d’entraîner d’autres actes illégaux.
- Le comportement sous l’emprise du cannabis est modifié : réactions inappropriées et ralenties, risques d’accidents en deux-roues ou en voiture, etc.
- Celui qui est accro au cannabis « décroche » avec sa vie :
. La consommation de cannabis procure une sensation de détente, de déconnexion, qui entraîne une déconcentration et souvent un décrochage scolaire…
. Elle entraîne une difficulté à faire des choix cohérents. Or c’est à l’adolescence que doivent se faire certains choix importants pour l’avenir, l’orientation scolaire notamment…
. Elle entraîne de la même manière un décrochage fréquent avec les activités et engagements habituels, sportifs, associatifs ou autres : ce n’est plus aussi facile qu’avant de se concentrer et d’être actif. Le jeune est de plus en plus souvent « dans son monde », un monde qu’il ne partage plus avec les autres et qui l’isole...
Les jeunes qui décrochent ainsi sont souvent les plus vulnérables, les plus fragiles sur le plan psychique, ceux qui avaient le moins de ressources personnelles pour résister à l’addiction.
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