La dépendance au tabac vient très vite, et c'est avec l'alcool la substance qui a le plus de conséquences à long terme sur la santé : elle est responsable notamment de cancers, d’infarctus et pour ceux qui y ont échappé de fins de vie difficiles liées à l’insuffisance respiratoire chronique qu’elle finit par entraîner…
Nous, scouts et guides, que pouvons-nous y faire?
1. Retarder le premier contact avec le tabac:
Plus un jeune commence à fumer tôt, plus il a de risques de devenir dépendant. C’est pourquoi il est important d’entretenir et développer les convictions anti-tabac des scouts non-fumeurs :
- La maîtrise s’efforcera de respecter la loi et de ne pas fumer pendant la pratique du scoutisme.
- Avec les préadolescents, ne pas attendre que le problème de la « première cigarette » se pose : si possible, il faut en parler avant. Par exemple en rappelant dès le début d’année que toute consommation de tabac est interdite. Si besoin en donnant aux jeunes l’occasion d’exprimer ou de confronter leurs convictions sur la question (à travers un jeu, une veillée-débat, une information des responsables santé de chaque équipe …
- Face à un problème de consommation imprévue, réagir de manière proportionnée : celui qui a incité les autres à fumer doit être davantage sanctionné que celui qui a juste tiré deux ou trois bouffées « pour faire comme les autres »… en parler avec les jeunes concernés, avec l’équipe, se poser la question d’en parler aux parents etc…
La première expérience n’est pas forcément vécue comme très agréable, il faut donc limiter le plus possible les risques de récidive.
2. Limiter le passage à une consommation régulière:
Soyons lucides. Parmi les apprentissages que font les adolescents entre 14 et 17 ans, l’un des plus répandus est clairement celui de la consommation du tabac : à 14 ans, la consommation est rare, à 17ans, un adolescent sur trois, fille ou garçon, fume régulièrement (voir article précédent).
Il faut donc impérativement proposer des contre-feux :
- Développer dans chaque unité une culture « non-fumeur » : Si l’unité d’adolescents est en majorité « non fumeur », on inverse ainsi le rapport de force, et la pression du groupe joue contre la consommation de tabac. L’idéal étant de trouver dans chaque équipe un ou deux jeunes non fumeurs décidés à jouer dans cette action un rôle moteur.
- Mettre en place des règles de vie réalistes et respectueuses : La loi interdit de fumer quand on fait du scoutisme, mais les jeunes qui fument ont le droit de faire du scoutisme. Un jeune fumeur régulier aura peut-être beaucoup de mal à ne pas fumer du tout pendant une journée. Les fumeurs doivent s’efforcer de respecter les non-fumeurs, et la loi… Tant qu’ils n’arrivent pas à s’en passer définitivement, ils iront fumer en dehors du local ou de l’enceinte du camp, à un moment où çà ne gêne pas le bon déroulement des activités. De leur côté, ils doivent s’engager à ne pas inciter les autres à fumer.
3. Encourager les fumeurs à s’arrêter :
C’est la responsabilité éducative de la maîtrise de faire cette proposition.
Un membre de la maîtrise (par exemple l’assistant sanitaire) devrait prendre le temps de discuter avec chaque jeune fumeur de sa consommation : Qu’est-ce que çà lui apporte ? Quelles sont ses motivations ? Quel plaisir y trouve-t-il ? Combien de temps peut-il s’en passer ? Ses parents sont-ils au courant, et qu’en pensent ses amis ? En a-t-il déjà parlé à son médecin traitant ? Envisage-t-il d’arrêter et souhaite-t-il une aide?... La discussion peut éventuellement réunir tous les jeunes fumeurs de l’unité.
Ce travail de réflexion, le jeune ne l’a sûrement pas fait. Ça vaut vraiment la peine de tenter le coup : entre 14 et 17 ans, l’habitude de fumer n’est pas encore très forte et il discutera plus facilement avec son chef ou sa cheftaine qu’avec ses parents …ou avec une copine ou un copain non fumeur de l’équipe.
Et si une demande d’arrêt du tabac se fait plus précise, il faut donner les moyens au jeune de la concrétiser, en lien avec les parents, les autres membres de l’équipe etc.…
4. Pour les chefs fumeurs, un objectif : s’en passer…
A 17 ans, un tiers des jeunes fument, et on trouve sans doute la même proportion de fumeurs chez les chefs et cheftaines des mouvements de scoutisme… Le scoutisme est une bonne occasion de s’interroger sur sa pratique :
- C’est un peu gênant sur le plan du respect de la loi : depuis la loi de 2006, le scoutisme, en principe c’est sans tabac… Ceux qui fument malgré tout doivent le faire en dehors de la présence des enfants, après les activités et en dehors de l’enceinte du camp. C’est compliqué, et pas très « exemplaire ».
- C’est un peu gênant sur le plan éducatif : qu’il le veuille ou non, le chef qui fume joue un rôle « incitatif » vis-à-vis des jeunes. Et même s’il le cache, ils le découvriront forcément un jour… mieux vaut jouer cartes sur table.
- C’est une pratique coûteuse : à cinq euros environ le paquet, le budget mensuel de celui qui fume un paquet par jour approche les 150 euros. Chaque chef fumeur a-t-il fait le calcul de ce qu’il pourrait s’offrir avec 150 euros par mois ?
- De quel côté penche la balance « avantages inconvénients » de ma consommation ? est-ce que çà m’apporte encore une détente, du plaisir ? les avantages étaient sans doute évidents à 15-16 ans, mais peut-être moins à 20 ou 25 ans…
- Si j’arrête de fumer, qu’est-ce que j’y perdrai ? qu’est-ce que je gagnerai ?
Entre 18 et 25 ans, la dépendance au tabac, si elle est là, est encore récente. Et si l’on est mieux dans sa peau qu’à l’adolescence, ce n'est peut-être pas la peine d'attendre 40 ans pour se motiver…
S’en passer pendant les activités scoutes de l’année sera une première étape pour tester ses capacités avant de franchir le pas définitivement. De nombreux dispositifs d’aide à l’arrêt existent.
Il est possible aussi de se faire aider par son médecin traitant, car ce n’est pas très facile d’arrêter tout seul.
En annexe, vous trouverez la fiche pratique: "Prévenir la consommation de tabac."
L'utilisation du tabac, qui fait plus de cinq millions de morts par an, est une des principales causes de mortalité évitable.